Choisir et utiliser les compléments alimentaires efficacement – Les préconisations de Benoît Nave (Micro-nutritionniste)

Fatigue, troubles digestifs, carences en magnésium ou besoin de probiotiques efficaces : les compléments alimentaires peuvent être un véritable atout pour la santé… à condition de bien les choisir. Interview de Benoît Nave, micronutritionniste, qui nous livre ses conseils pour savoir quand prendre un complément alimentaire, comment sélectionner la bonne forme galénique et éviter les erreurs fréquentes.

Les différents compléments alimentaires à consommer pour avoir une bonne santé

Margot Graïa : « Vous recommandez souvent les compléments alimentaires ; dans de nombreux cas : fatigue, périménopause, troubles de l’humeur, douleurs chroniques, et même dans certaines maladies déjà diagnostiquées, c’est cela ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Exactement. Ils peuvent être utiles dans les pathologies cardiovasculaires, neurodégénératives ou encore les maladies auto-immunes, par exemple. Mais ils sont aussi très efficaces en prévention d’un tas de problèmes, du petit « inconfort » au souci plus lourd… »

Margot Graïa : « Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets de maladies concernées ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Pour les maladies auto-immunes, on peut citer la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques ou encore la maladie de Crohn. Mais de nombreuses maladies sont concernées… Ainsi que d’autres « troubles » comme la dépression, le burn-out, la fatigue chronique, les problèmes de sommeil grave ou légers, les problèmes d’alcool, de cigarette, etc. »

Margot Graïa : « On comprend donc que la supplémentation peut concerner aussi bien les personnes en bonne santé que celles souffrant de troubles ou d’addictions. »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Exactement. »

"On ne prend pas des compléments alimentaires comme on prendrait des bonbons…"

Margot Graïa : « Il est important de préciser qu’on parle ici de compléments et non de médicaments. Quelle est la différence essentielle entre les deux ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Un médicament agit généralement pour supprimer un symptôme. Un complément alimentaire, lui, accompagne la prise en charge nutritionnelle et aide à relancer une fonction déficiente. Il s’inscrit dans une approche individualisée et précise, comme le médicament, en revanche. On ne prend pas des compléments comme on prendrait des bonbons… »

Margot Graïa : « Tous les compléments ne se valent pas, et leurs effets varient selon les individus. Pourquoi ne peut-on pas recommander un complément sans une analyse approfondie ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Complétement. Un même symptôme peut avoir des origines différentes. Prenons un trouble digestif : il peut être lié à un problème thyroïdien ou intestinal, par exemple. ll faut donc faire une investigation plus poussée pour déterminer d’où vient vraiment le problème. »

Margot Graïa : « Vous insistez aussi sur l’importance du bon type de complément, du bon moment pour le prendre, et de son association avec d’autres. »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Oui. Le magnésium, par exemple, existe sous différentes formes. Le bisglycinate, le glycérophosphate ou le tréonate n’auront pas le même effet selon le besoin. On choisit donc le bon sel transporteur en fonction des symptômes.« 

Margot Graïa : « Vous adaptez aussi le moment de la prise en fonction du profil de la personne et de son protocole global ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Exactement. Il faut que la prise s’intègre bien avec les autres compléments éventuels, en recherchant un effet de synergie. Celui-ci peut parfois être mis à mal. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tout cela est un peu notre « biochimie » interne, qui nous est propre dans une certaine mesure. C’est très fin. Une minuscule carence peut avoir de grands effets… »

Margot Graïa : « Est-ce que vous pouvez donner deux ou trois exemples concrets sur le magnésium et les probiotiques ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Je prends l’exemple de l’iode, très rapidement : toutes les molécules n’ont pas la même biodisponibilité. »

Margot Graïa : « Qu’appelez-vous « biodisponibilité » ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « C’est la capacité du corps à utiliser de manière optimale ce que tu vas ingérer — ce pour quoi tu as payé, en somme ! Il y a le coût, mais aussi la contrainte de devoir prendre une gélule tous les jours. Il faut que ce soit efficace, au bout du compte. Donc dans la somme de compléments alimentaires qui existent, tous ne se valent pas, loin de là (en termes de prix mais aussi en termes d’efficacité et donc de résultats…). »

Margot Graïa : « Les personnes regardent souvent le prix, repèrent un produit moins cher et se disent qu’il est équivalent. Pourtant, un produit moins cher mais inefficace peut coûter bien plus cher sur le long terme, non ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Exactement. Ça coûte très cher. En plus, on va parfois le prendre pendant un an sans effet, alors qu’avec le bon complément, ça peut marcher en trois ou six mois. Et il faut le dire : ça marche assez vite, les compléments. Si c’est bien ciblé. »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Je vais reprendre l’exemple des probiotiques dont on parlait tout à l’heure. En fait, il y a des marques connues en pharmacie qui vendent des gélules ou sachets de probiotiques stockés des semaines à la chaleur ambiante, à température ambiante… alors que les probiotiques sont très fragiles et doivent être conservés au réfrigérateur très vite. »

Margot Graïa : « Vous recommandez donc de les conserver au frais ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Tout à fait. Deuxième problème : certains probiotiques sont dosés à 10 ou 20 milliards d’unités, alors que d’autres montent jusqu’à 60 ou 80 fois plus… et ne coûtent que deux fois plus cher. Il faut faire confiance à son praticien. Parce que concrètement, ces gros dosages peuvent vraiment faire la différence. »

Margot Graïa : « Qu’est-ce que ça change concrètement, ces gros dosages ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « C’est variable selon l’individu et selon l’effet recherché. Mais dans certains cas, il faut aller sur des prises avec de grandes quantités de souches. »

Margot Graïa : « Un complément alimentaire, c’est naturel ou c’est de la chimie ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Ce n’est pas toujours naturel. Ça peut être synthétique. »

Margot Graïa : « L’iode que vous recommandez, elle, est naturelle ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Oui, totalement naturelle. »

Margot Graïa : « Pourtant, certaines substances sont synthétiques ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Ce n’est pas forcément mauvais, mais c’est moins intéressant qu’un aliment complet, avec sa matrice alimentaire (le totum). »

Margot Graïa : « Quand il y a une carence importante, les aliments ne suffisent pas ? »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Quand il y a des carences qui sont importantes, on n’a juste pas le choix. Il faut prendre des dosages importants, que les aliments ne vont pas amener de toute façon, pour arriver à combler la carence assez rapidement, parce que parfois, on est un peu dans l’urgence quand même. Il y a cet effet d’urgence à venir combler pour réamorcer la machine rapidement, pour ne plus avoir de symptômes ou pour corriger ce qu’il doit être. Et puis aussi, pour faire en sorte que le patient sente les effets lui-même rapidement, pour qu’il ait confiance dans la prise en charge et dans l’importance de combler ces carences. Et qu’il adhère mieux à ce qu’on lui propose d’un point de vue alimentaire pur. »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Ce que je propose, ce n’est pas de se complémenter ou se supplémenter à vie, mais de vraiment réaménager son journal alimentaire de manière à pouvoir être autonome, sans ces compléments-là. Alors, effectivement, parfois, il y a des compléments qui peuvent devoir être pris à vie, parce qu’il peut y avoir des déficiences génétiques qui font qu’on n’a pas le choix. Mais assez régulièrement aussi, le patient a besoin d’une béquille temporaire pour avoir retrouvé suffisamment d’énergie, de vitalité, pour ensuite pouvoir se prendre en charge lui-même au niveau alimentaire dans de bonnes conditions. Voilà, et ça facilite, en fait, la remise sur pied. On remet en route le mécanisme. »

Benoît Nave (micro-nutritionniste) : « Certaines personnes auront des besoins constants, comme les végétariens. Les véganes encore plus que les végétariens. Et il y a aussi des cas comme certaines formes de vitamine D : même avec le stock qu’on fait en plein été, on les garde trois mois et après, c’est fichu. Il y a des choses qu’il va falloir, si on a envie d’être en très bonne santé, peut-être conserver. Mais en tout cas, l’idée, c’est de venir quand même donner l’essentiel par son alimentation. Ne serait-ce que parce qu’en plus, c’est ce qui sera toujours le plus efficace. »

Photo officielle de Benoît Nave prise par Anais Brebion

L’auteur de cet article

Benoît Nave, Micro-nutritionniste, diplôme Micronutrition Alimentation Prévention Santé à la faculté de médecine Paris-Descartes (2019).

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