Un patient (merci Clément F.) m’a récemment posé une question qui mérite vraiment qu’on s’y attarde : d’où viennent les valeurs dites « normales » dans une prise de sang ? Pourquoi est-ce qu’on considère qu’il faut tel taux de zinc, tel taux d’oméga-3, ou encore tel dosage de vitamine D ? Et surtout, est-ce que ces valeurs correspondent vraiment à nos besoins physiologiques… ou seulement à une moyenne statistique ?

Des normes issues de la statistique, pas de la physiologie
Quand vous recevez vos résultats d’analyse, la fameuse colonne « valeurs normales » repose en fait sur une moyenne statistique. Concrètement, on a testé un grand nombre de personnes, on a tracé une jolie courbe en cloche (la courbe de Gauss), et on considère que le gros du peloton – le milieu de la courbe – définit la norme.
Le problème ? La moyenne n’est pas toujours synonyme de bonne santé. Prenez la vitamine D : au fil des décennies, les laboratoires ont progressivement abaissé la fourchette considérée comme « normale ». Résultat, être dans la norme aujourd’hui ne garantit pas que vos fonctions physiologiques soient réellement optimisées.
C’est un peu comme à l’école : être dans la moyenne ne veut pas forcément dire qu’on a compris la leçon.
Norme de non-maladie vs santé optimale
Il faut distinguer deux choses :
• la fourchette de non-maladie, utilisée en médecine générale, qui sert à détecter un état pathologique ;
• la fourchette de santé optimale, beaucoup plus exigeante, qui correspond à un fonctionnement vraiment efficace de l’organisme.
C’est celle qui m’intéresse, personnellement, parce que c’est celle qui prévient la maladie (en amont donc), qui permet de conserver une bonne santé.
Reprenons l’exemple de la vitamine D :
• non-maladie → entre 35 et 50 µg/L ;
• santé optimale → plutôt entre 55 et 80 µg/L.
Et ça change tout. Dans la première zone, vous n’êtes pas malade, certes, mais vous pouvez trainer une inflammation chronique, des tendinites à répétition, une fatigue persistante ou encore une immunité capricieuse. Dans la seconde, vos fonctions hormonales, immunitaires et anti-inflammatoires tournent à plein régime.
Le zinc, la B12 et les autres : des carences cachées
Le zinc illustre bien ce décalage. Longtemps négligé, il est pourtant essentiel dans les régulations enzymatiques et immunitaires. Une carence se manifeste de façon banale : fatigue, sommeil perturbé, baisse d’énergie. Pas de quoi alarmer un médecin généraliste… mais suffisant pour dégrader votre qualité de vie.
Même logique pour la vitamine B12 : la forme que l’on dose dans le sang n’est pas forcément celle que vos cellules utilisent. On peut donc afficher des taux « corrects » tout en restant carencé. Idem pour la vitamine B9, dont l’activation dépend de particularités génétiques chez certains individus.
Ainsi que pour la vitamine B9 (folates) : son activation dépend de particularités génétiques chez certains individus. Là encore, un dosage classique peut masquer une insuffisance réelle.
Et que dire des soucis de thyroïde, pour lesquels on vérifie souvent seulement la TSH, dans le meilleur des cas, T3 et T4 avec, mais pas certaines données pourtant cruciales…
Tout est lié (et parfois mal interprété)
Les vitamines et minéraux travaillent rarement seuls. Par exemple, la vitamine D a besoin de vitamine A pour activer ses récepteurs cellulaires. Vous pouvez avoir un taux de D impeccable, mais si la A est en berne, la machine tourne au ralenti.
Et c’est sans compter la différence entre ce que vous ingérez et ce que votre corps rend actif : l’oméga-3 des graines de lin ou de chia, par exemple, n’est pas vraiment utilisable tel quel. Il faut le transformer, ce qui dépend de vos enzymes, de vos apports en d’autres micronutriments, voire de votre patrimoine génétique.
Finalement : se fier à un seul chiffre isolé, c’est se condamner à passer à côté de la réalité.
Le vrai travail : comment vraiment interpréter ses analyses sanguines ?
Alors comment savoir ce dont vous avez besoin ?
C’est là que la pratique devient passionnante. On part des analyses, on croise les données entre elles, on tient compte de l’alimentation réelle (d’où l’intérêt du fameux journal alimentaire que j’utilise lors de mes consultations en nutrition), on ajuste, et surtout… on écoute vos symptômes.
Parce que la bonne fourchette n’est pas forcément celle du tableau. C’est celle qui, concrètement, vous permet de retrouver de l’énergie, un sommeil réparateur, une immunité stable, un poids stabilisé.
Ce qu’il faut retenir
Les analyses sanguines sont un outil formidable, mais leur interprétation demande du recul. Être « dans la norme » ne signifie pas forcément être en bonne santé. Et encore moins gommer les « inconforts » (prise de poids, sommeil perturbé, stress mal géré…).
Les vraies bonnes questions à se poser sont : est-ce que je fonctionne de façon optimale ? Est-ce que mes petits inconforts trouvent une explication dans ces dosages ?
C’est là qu’on passe de la simple prévention de la maladie à la recherche d’une santé pleine et durable. Et à la fin des tracas (parfois conséquents, même si pas considérés comme des « maladies »).
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L’auteur de cet article
Benoît Nave, Micro-nutritionniste, diplôme Micronutrition Alimentation Prévention Santé à la faculté de médecine Paris-Descartes (2019).


